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Acceptons-nous que quelques structures américaines privées : Google, Twitter, Facebook et d’autres grands médias détenus par une minorité de fortunés ajustent les proportions de ce qui doit arriver, ou non, jusqu’aux oreilles des citoyens ?

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Spaak et Schuman reçurent environ trois millions de dollars entre 1949 et 1960.
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Article mis en ligne le 19 décembre 2022

par Ni dieu ni maître
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ACUE, Comité américain pour une Europe unie, organisme américain privé qui était financé avec l’argent de la fondation Ford et devant soutenir l’idéal de la fondation d’une Union européenne.

En réalité ce comité n’était pas privé ni indépendant, mais une opération de grande échelle menée par les États-Unis et dans de nombreux pays européens cibles. Le comité américain fut financé par de l’argent de la CIA et d’autres financements occultes de l’État américain, et eut pour premiers chefs, William Donovan, ancien directeur de l’OSS (services secrets américains), et Allen Dulles qui fut directeur de la CIA (entre 1953 et 1961, ancien de l’OSS et en poste longtemps en Suisse et en Europe durant et après la Seconde Guerre mondiale).

Le projet fut lancé en 1948, avec pour objectif de drainer au passage des fonds privés pour atteindre les objectifs suivants

1) contrer l’influence soviétique,

2) créer une Union européenne avec un parlement élu démocratiquement,

3) briser les barrières douanières entre états européens et prendre le contrôle des changes,

4) créer une Cour européenne des Droits de l’Homme afin de l’utiliser à des fins politiques et internationales.

Il fut suspendu en 1960, ayant atteint la plupart de ses buts.

L’argent américain servit pendant toute cette période à lancer une intense propagande, d’abord par le biais de conférences où des « agents » américains, ou des sympathisants du projet d’Union européenne, de très hauts niveaux, prendraient la parole.

Ce fut le cas de Winston Churchill, de Robert Schuman, de Konrad Adenauer, de Guy Mollet et de bien d’autres. Le comité américain a très vite compris l’intérêt de financer d’autres mouvements et organisations.

Ce fut le cas du Mouvement européen (avec Spaak et Schuman deux pères fondateurs de l’Union européenne etc.), qui reçurent de l’argent américain représentant environ trois millions de dollars entre 1949 et 1960.

Par effet domino, le Mouvement européen, qui se dénomme aujourd’hui Mouvement européen international, et qui est peut-être toujours sous contrôle américain, a compté et compte parmi les européistes les plus en vue en Belgique et en France. D’autres structures naissaient des financements du comité américain, notamment l’European Youth Campaign (début des années 50) et le Comité d’action pour les États-Unis d’Europe (Jean Mollet, 1955).

L’importance du Comité américain ne pourra être démontrée que dans de nombreuses décennies, lorsque toutes les archives auront livré leurs secrets. Le comité vota sa propre dissolution en 1960, la majeure partie du travail ayant été accomplie.

A la demande express de Robert Schuman et de Jean Monnet, le Comité ne fut en réalité que désactivé et non dissous.

Personne ne peut dire s’il a été réactivé, notamment depuis les secousses sismiques du départ de la Grande-Bretagne et du commencement de l’écroulement de l’édifice européen dans l’esprit d’une minorité de l’opinion publique ne cessant de grandir. Les historiens qui se sont penchés sur cette question, notamment Alan Milward ou Rémi Kauffer, ont insisté sur le fait que les sommes engagées étaient faibles par rapport par exemple au plan Marshall d’un côté, ou l’argent utilisé par les Soviétiques dans leurs propres projets dans la même période. Nous ajouterons seulement que ceci apparaît évident, mais que cet argent fut très bien placé au vu des résultats qu’ils obtinrent par la suite en atteignant, puis au fil du temps, en dépassant largement les objectifs primaires.

EYC, European Youth Campaign, organisation associative fondée par la CIA à travers une autre organisation du même type, l’American Committee on United Europe (ACUE), qui avait pour but de contrebattre dans les tranches les plus jeunes de la population européenne, l’influence soviétique. L’organisation avait pour mission d’orchestrer une propagande de masse, autour de moyens modernes de meetings, d’expositions, du cinéma, d’émissions radios à large diffusion et public. L’EYC s’impliqua dans quinze pays d’Europe, particulièrement en Allemagne, en France, en Italie et dans les pays du Benelux, mais participa aussi à des actions auprès de la jeunesse en Turquie qui, pour les USA, était un objectif d’intégration dans une future Union européenne.

Une fois l’Union européenne proclamée par le traité de Rome en 1957, l’association et l’organisation furent dissoutes dès 1958. Parmi les agents de l’EYC, Jean Moreau et Fausta Deshormes furent d’importants membres de l’EYC en France et en Italie.

Les recherches d’une étudiante allemande de l’Université de Göttingen, Christina Norwig qui était en train d’écrire une thèse de doctorat sur l’histoire de l’EYC, a donné une interview en 2014 sur le résultat préliminaire de ses travaux : « les origines de l’EYC sur laquelle j’ai fait des recherches ont commencé pendant la Guerre froide. Le festival international de la jeunesse qui s’était déroulé dans Berlin-Est en 1951, a troublé les politiciens d’Europe occidentale et des États-Unis. En réponse à cela, les bases de l’EYC ont été élaborées en coopération avec le Mouvement Européen, la campagne a été financée par une association américaine, l’American Committee on United Europe.

Tous ses membres étaient des agents des services secrets américains. Sans l’aide financière américaine, la campagne n’aurait pas pu survivre ». la doctorante poursuit sa description en décrivant une action de choc organisée en 1950 : l’attaque par des étudiants allemands et français de la frontière, coupant cette dernière momentanément et y installant des insignes et des symboles européistes agrémentés de panneaux de propagande. L’action fut financée en sous-main par l’association américaine et manipula de nombreux jeunes qui s’ils ne faisaient pas partie du mouvement, s’identifiait à ses actions.

La même année vit une grande manifestation de 3 000 jeunes devant le bâtiment du Conseil de l’Europe à Strasbourg, qui réclamaient une intégration européenne beaucoup plus rapide. Un autre camp fut organisé par Jean Moreau, qui devînt plus tard le chef pour la partie française de l’EYC, camp installé à Loreley et qui attira en 1951 l’opinion publique internationale. Cependant, la chercheuse explique que les manipulations de la propagande américaine échouent sur certains thèmes, notamment la création d’une Communauté européenne de Défense (CED), projet d’une Europe militaire où l’Allemagne de l’Ouest serait réarmée et visant particulièrement l’Union soviétique et ses alliés.

Profondément pacifistes, les jeunes se détournèrent de cette propagande, qu’ils critiquèrent souvent avec véhémence (1952-1954).

Après la dissolution de l’EYC en 1958, Jean Moreau et Fausta Deshormes ont rejoint la commission européenne et obtinrent la formation d’un Forum européen de la jeunesse qui n’avait pas de fonds. Le projet capota, jusqu’à que l’Union européenne elle-même, lance à l’instar du vieux projet américain, un premier programme de La Jeunesse pour l’Europe (1988)

1.

Extrait d’un livre non publié de Laurent Brayard, Die Spinne, l’UE ou le IVe Reich européen, photo de Fausta Dehormes La Valle et le travail de Christina Norwig : https://www.eui.eu/Research/HistoricalArchivesOfEU/News/2013/04-15-WeareEurope–TheEuropeanYouthCampaign1951-1958andtheroleofyouthinunitingEurope

European University Institute (https://www.eui.eu/Research/HistoricalArchivesOfEU/News/2013/04-15-WeareEurope%E2%80%93TheEuropeanYouthCampaign1951-1958andtheroleofyouthinunitingEurope)
"We are Europe" – The European Youth Campaign (1951-1958) and the role of youth in uniting Europe
Christina Norwig spoke about the key role youth played in the process of European integration.